Regard sur le Programme d’actions du gouvernement : Ce que pense Me Jacques A. Migan des options faites par Patrice Talon

9 novembre 2016 par  

Le Chef de l’Etat, le Président Patrice Talon va se prononcer ce jour mercredi 9 novembre 2016 sur les grands axes du Programme d’actions du gouvernement adopté par le conseil des ministres en sa séance du mercredi 26 octobre 2016. L’événement aura lieu à Porto-Novo. C’est du moins ce que rapportent des sources proches du Palais de la Marina. En prélude à cet événement, plusieurs personnalités et pas des moindres ont jeté un regard critique sur les grands axes de cet instrument de développement que s’est imposé le régime de la rupture. Au nombre de ces personnalités se trouve Me Jacques Migan. Voici ce qu’il a confié à nos confrères du journal «Fraternité» sur les grandes options faites par le Président Patrice Talon.

Sept mois après son installation, le Gouvernement béninois a enfin adopté son programme d’actions pour le quinquennat. Peut-on dire que durant tout ce temps, on gouvernait sans boussole ?

Il serait excessif de dire que le Président Talon gouvernait sans boussole. Avant qu’il ne soit élu, Patrice Talon a parcouru tout le pays pour expliquer sa vision au peuple. Il allait à la rencontre de chaque Béninois pour expliquer son projet de société. Et il a été élu. Dire  alors qu’il gouverne sans boussole  ne serait pas juste –  surtout que ce projet de société a été approuvé par 65% des Béninois. J’ai entendu dire qu’il a été élu par défaut. Sébastien Ajavon et Patrice Talon ont eu à démontrer leurs capacités à gérer à travers leurs projets de société. Indépendamment de ce projet de société, Patrice Talon a à son actif, comme Ajavon, des résultats. Ce sont des chefs d’entreprise qui ont créé beaucoup d’emplois à travers leurs sociétés. Alors, aujourd’hui aux responsabilités, est-ce que le président de la République Patrice Talon gouverne sans boussole ? Je dis non. D’ailleurs, son Programme d’actions a été adopté. Il revient à chaque Béninois de se l’approprier et au pouvoir de traduire ce programme d’actions dans toutes les langues pour sa diffusion.

Qu’est-ce qui justifie alors ce retard constaté dans l’adoption du Pag ?

Patrice Talon est arrivé aux responsabilités parce que soutenu aussi par d’autres candidats tels que  Sébastien Ajavon, Pascal Koukapi,  Abdoulaye Bio Tchané et d’autres encore. Nous avons constaté pour la première fois dans notre pays que chaque candidat à la Présidentielle avait son projet de société. Il fallait donc faire une synthèse et une harmonisation de tous ces projets pour avoir un programme d’action de développement de notre pays. Patrice Talon était prêt. Il n’a pas attendu d’être aux responsabilités pour commencer l’élaboration de son programme d’actions de Gouvernement. Si le Chef de l’Etat a mis du temps pour sortir son programme d’actions de gouvernement, c’est parce qu’il a constaté qu’il y a des situations urgentes à gérer lors de sa prise de fonction. Il fallait rapidement parer au pire. A sa prise de fonction, il y a avait 47 milliards de francs Cfa dans les caisses de l’Etat alors qu’il fallait un minimum de 150 milliards de francs Cfa pour au moins payer le salaire des uns et des autres.

Komi Koutché a remis en cause ces déclarations du gouvernement  liées à la dette

Un Etat ne ment pas. Pourquoi voudriez-vous que le gouvernement affirme qu’il n’ a trouvé que  47 milliards dans les caisses de l’Etat l’obligeant à recourir  à un emprunt obligataire ? Le gouvernement a sollicité un emprunt obligataire de 150 milliards de francs Cfa. Il a pu ainsi mobiliser 203 milliards FCFA. La mobilisation d’une telle somme démontre la confiance qui existe aujourd’hui entre les Béninois et le Président de la République.

Selon-vous, quelles sont les conditions de réalisation de ce programme d’action du gouvernement ?

Il y a deux conditions. Il y a les conditions sur le plan interne et les conditions sur le plan externe. Sur le plan interne, il faut s’assurer de la mobilisation et de la disponibilité des ressources financières. La condition première de réalisation du programme d’actions du gouvernement du président Talon est essentiellement financière. L’enveloppe prévue, nous le savons tous aujourd’hui,  est de 9.039 milliards de francs Cfa.

Alors quelles sont les conditions importantes qui peuvent permettre de mobiliser ce montant puisque nous n’avons ni  pétrole ni ressources naturelles qui serviraient à financer les actions inscrites dans ce programme.

Il faudrait mobiliser l’épargne nationale et les investissements directs étrangers.

Dans le cadre du financement du PAG, la mobilisation des investissements étrangers et de l’épargne nationale constitue selon nous, un levier important pour asseoir la prospérité et la compétitivité de notre économie. La mise en œuvre des réformes s’impose pour la mobilisation de l’épargne à travers des mécanismes simples, souples et incitatifs en vue de transformer les dépôts à vue dans nos banques en ressources longues pour financer les investissements productifs. Tenez, le système de micro finance, notamment les tontines, mérite d’être encouragé, renforcé et orienté vers le financement des activités des petites et moyennes entreprises (PME) ou en encore des petites et moyennes industries (PMI).

Quant aux investissements étrangers, ils viendront en complément de l’épargne nationale. Pour les attirer, il faut la stabilité sociale et politique et l’instauration d’un cadre institutionnel et réglementaire sécurisant.

En dehors des investissements directs étrangers et de l’épargne nationale, le Gouvernement a commencé un programme d’emprunt obligataire dont nous avons fait référence plus haut. Il conviendrait de poursuivre ce programme  et d’en affecter une partie du produit au financement des investissements productifs inscrits dans le Pag.

L’Etat doit à ce niveau, créer les conditions appropriées garantissant la sécurité des titres.

L’un des objectifs prioritaires du pag du Gouvernement Talon est la réduction efficace de la pauvreté. Les partenaires au développement ayant décidé de lier leur effort supplémentaire d’allègement de notre dette à l’objectif de réduction de la pauvreté, le gouvernement du Président Talon gagnerait à saisir cette opportunité pour mobiliser ses ressources et les consacrer au financement des actions inscrites dans son programme dont la réalisation concourt à ce phénomène.

Mais l’Etat doit particulièrement veiller à une meilleure gestion et à une bonne coordination des ressources obtenues dans ce cadre. Le souvenir du détournement des fonds devant servir aux hydrauliques villageoises dans le projet PPEAII financé par le gouvernement des Pays-Bas reste vivace dans nos esprits. Une telle gabegie doit être bannie à jamais.

La mise en place d’un système de suivi-évaluation permet de disposer d’un tableau de bord pour un meilleur pilotage de la réalisation des actions inscrites au Pag. La mise en œuvre du Pag se fera alors à travers tous les ministères et organismes sous leur tutelle. Ce système de suivi – évaluation aura de sens lorsqu’il sera conduit par un coordonnateur qui en ferait un compte rendu régulier au Chef de l’Etat.

 

Est-ce que le cadre financier décrit plus haut suffit pour concrétiser les ambitions ?

L’augmentation des recettes publiques, la mobilisation de l’épargne nationale et les aides au développement, voire les emprunts obligataires ne sauraient suffire pour concrétiser les ambitions. Il faudrait l’appui du secteur privé. Je crois aussi qu’avec le vote de la loi sur le partenariat public privé, les actions prévues dans le PAG pourront être facilement financés. On a besoin  des investisseurs privés, des banques  pour accompagner le gouvernement parce que l’Etat à lui seul ne peut financer la réalisation de toutes les infrastructures inscrites dans le pag telles la construction des universités, de l’hôpital de référence et l’aéroport de Glo-djigbé, du troisième pont de Porto-Novo, des transports ferroviaires, des barrages et autoroutes etc… . 

Quelles sont les conditions politiques favorables à la réalisation du Pag ?

Sur le plan politique, il faudrait maintenir la paix, la sécurité, la stabilité. Les opérations  économiques privées et les investissements ne prospèrent que là où l’Etat lui-même est soumis au règne du droit et garantit la sécurité juridique. Sur le plan social, il faut entretenir et encourager le dialogue social et lutter réellement contre la corruption. D’ailleurs, il y a eu récemment la signature de la charte entre les syndicats et le pouvoir. Cela va renforcer l’écoute et le dialogue avec les travailleurs favorisant la réalisation du Pag.

Au plan externe, il faut la dynamisation de la coopération bilatérale et multilatérale en faveur du Programme d’Actions du Gouvernement. Cela passe par la diffusion, la sensibilisation de la communauté internationale en faveur du Pag. Il faudrait également organiser des tables rondes, des forums, des colloques internationaux afin de dynamiser le dialogue avec les partenaires au développement sur les politiques et les stratégies que propose le Pag. Il s’agit de mettre la communauté internationale à contribution. Pour y parvenir, il faut faire connaitre  le programme à l’extérieur. Cela passe par la traduction du document  en anglais, en espagnol, en portugais, en arabe etc…… pour permettre à ceux qui l’auront de savoir ce que nous recherchons .De plus, il faut favoriser la promotion du cadre Béninois dans les organisations internationales. Ce que nous ne faisons pas souvent. Ils ne sont pas là pour faire de la figuration mais pour défendre un programme d’action pour booster le Bénin.  Il faut donc un observatoire pour améliorer notre système de formation et de communication au niveau de notre diplomatie. Il ne faudrait pas que notre diplomatie soit une diplomatie de privilège mais de combat et de développement comme le font les américains. Quand les américains vont dans un pays où il y a du pétrole, l’ambassadeur n’est pas nécessairement un diplomate. Il faut qu’on finisse avec la diplomatie de privilège ou de complaisance Il faudrait que l’accent soit mis sur les besoins des populations à travers ce qu’on appelle l’adéquation initiative-besoin.

Jacques Migan est-il pour ou contre l’affermage des hôpitaux ?

L’affermage est un mot du vieux français. Cela veut dire la mise en location. Le gouvernement dit qu’il va mettre en affermage un certain nombre d’hôpitaux de zones. L’Etat a la possibilité de gérer lui-même. Mais devant les difficultés financières et humaines, l’Etat a choisi l’affermage. L’affermage n’est pas une privatisation qui veut dire une cession, une vente. Elle suppose que  l’Etat construise les hôpitaux et installe les équipements. Mais, faute de moyens, il confie l’exploitation et la gestion des hôpitaux à des professionnels de la santé mais aussi à des gestionnaires compétents suivant un cahier des charges bien défini.

La particularité de l’affermage est que le fermier ou le gestionnaire est rémunéré par les usagers mais il paie à l’Etat un loyer pour l’utilisation des locaux et un second loyer pour l’utilisation des appareils médicaux qui constitue une réserve financière pour renouveler le matériel médical.

A aucun moment, il ne s’agit point de privatisation comme les gens se plaisent à le dire. Ce qui peut poser problème est le tarif à appliquer aux personnes à faible revenu ou sans couverture sociale.

C’est là où l’Etat doit ressusciter le Ramu autrement pensé afin de permettre à la population à faible revenu de pouvoir se soigner.

 

Au nombre des décisions prises par le Gouvernement de la rupture, il y a l’interdiction d’activités des organisations estudiantines. En tant qu’avocat, que pensez-vous de cette décision ?

La décision qui a été prise est une décision conservatoire. Il ne s’agit pas d’une décision définitive entraînant la dissolution des syndicats. Mais nous sommes dans un Etat de droit. Il ne s’agit pas d’une décision inattaquable. Les étudiants peuvent formuler un recours administratif gracieux ou juridictionnel pour voir annuler ladite décision le cas échéant. Ils ont également la faculté de saisir la Cour constitutionnelle pour sa conformité à la constitution.

Quelle est la meilleure décision prise par Patrice Talon en  sept mois de gestion du pouvoir ?

Le chef de l’Etat a pris plusieurs décisions. Il y a la désignation des chefs-lieux des douze départements. Il en est de même de l’annulation des concours dits frauduleux, annulation des décrets allouant des indemnités et primes excessives et non justifiées au préjudice de l’Etat, des contrats signés sous l’ancien régime attribuant des marchés sans respect des procédures applicables en la matière, la publication du Pag, etc… Enfin, je peux dire que la formation du Gouvernement a respecté l’adéquation des compétences avec les postes. Toutes ces décisions sont bonnes. Il est difficile de dire quelle est la bonne décision. C’est un gouvernement de dialogue qui est à l’écoute.

 

Quelle est alors la grosse erreur commise par Patrice Talon ?

Est-ce qu’on peut dire qu’il y a eu grosse erreur ? C’est une question d’appréciation. Il y a des décisions qui ne sont pas à l’abri de critiques. C’est le cas par exemple de  la suppression de certaines Ambassades.  A la rigueur, on peut demander qu’on réduise le personnel ou encore, transformer ces ambassades en consulat si on veut faire des économies. Nous pourrions aussi parler des audits réalisés mais qui ne sont pas rendus public à ce jour, ou encore le fait de n’avoir pas retenu Porto-Novo parmi les villes devant bénéficier d’une Université pluridisciplinaire.

Qu’avez-vous à répondre à ceux qui disent qu’ils ont faim et que le pays est mal gouverné ? 

J’ai l’impression que les béninois veulent que le Président Talon règle tous les problèmes en instance en un tournemain ou par magie. Il nous faut de la patience. Le Gouvernement est en train d’instaurer un nouveau système de gestion. Prenons le temps d’apprécier.

1047 agents dont le contrat a été  renouvelé par l’ancien régime ont été licenciés au ministère de l’agriculture. N’est-ce pas un abus ?  

Nous sommes dans un Etat  de droit. Je ne peux pas ici me prononcer sur la régularité et les motifs de ces  licenciements si je n’ai pas tous les éléments d’appréciation. S’il se confirme qu’ils ont été abusivement licenciés par  l’Etat, ils n’ont qu’à saisir la direction de la main d’œuvre et les juridictions compétentes.

Le Chef de l’Etat a souhaité, dans le cadre des réformes politiques et institutionnelles, convoquer le peuple à un référendum d’ici le 31 décembre 2016. Est-ce que c’est encore possible ?  

Le délai me paraît assez court. Je pense que cela pourrait se faire courant premier trimestre de l’année prochaine.

Qu’est-ce qui explique le mutisme des acteurs politiques depuis 6 ou 7 mois ?

Nous sommes au début d’un nouveau régime. Tout le monde attend pour bien apprécier y compris la classe politique. Notre système n’a pas formalisé le statut de l’opposition. On attend les nouvelles réformes et leur mise en œuvre.

 

Quelles sont vos relations avec l’ancien chef de l’Etat Boni Yayi ?

Aucune.

Vous soutenez le régime Talon. N’est-ce pas pour avoir un poste de responsabilité ?

Mon soutien au Président Talon est motivé par son désir de donner la visibilité qu’il sied à notre capitale, ma ville natale,  Porto-Novo. En ce sens, je ferai le nécessaire pour que cet objectif soit atteint. Et si le Président considère que je pourrais être d’une quelconque utilité dans sa quête vers le développement, je l’accompagnerais volontiers.

 Source : FRATERNITE

Partagez

Commentaires

Feel free to leave a comment...
and oh, if you want a pic to show with your comment, go get a gravatar!





discounts buy research paper buy 10 page research paper pay to do paper ghost writer college papers editing service