Chute de la production du coton au Bénin : Boni Yayi au secours de la Sodéco(L’échec lamentable de la politique gouvernementale de relance de la filière coton)

2 avril 2010 par  

Le Chef de l’Etat, le Dr Boni Yayi est désormais soucieux de la survie de la Sodéco qui ne trouve pratiquement plus du grain à moudre depuis que la production du coton a chuté au Bénin. C’est d’ailleurs pour plaider la cause de cette société auprès des producteurs qu’il a organisé pendant plusieurs jours une tournée dans les bassins cotonniers du Nord-Bénin. Il était pour la circonstance accompagné de l’actuel Directeur de la Sodéco qui officiait en tant que Conseiller technique du Chef de l’Etat. Malheureusement, la démarche porte en elle-même les germes de son échec.

Yayi souci internetLa survie de la Sodéco, cette société de développement du Coton née sur les cendres de l’outil industriel de la Sonapra préoccupe le Chef de l’Etat, le Dr Boni Yayi. Depuis qu’elle a été créée dans des conditions totalement floues, cette société ne tourne pas encore à plein régime. Certaines de ses usines sont encore au repos. Et la chute libre que connaît la production cotonnière au Bénin depuis quelques années n’est pas de nature à arranger les choses. Pour tenter donc d’inverser la tendance, le Chef de l’Etat a  pris la décision de descendre dans les bassins cotonniers du Nord Bénin où les producteurs, découragés par les milliards de F Cfa qu’on reste leur devoir, ont abandonné la culture du coton pour se lancer dans le vivrier.  Selon des données statistiques, de 2006 à nos jours, ce sont environ 92 milliards de F Cfa qui ont été investis par le gouvernement du changement dans la filière coton pour tenter de la relancer. Malgré ce lourd investissement, la production nationale qui devrait augmenter a plutôt  chuté de 65 %. Les producteurs riches de promesses non tenues ont fini par abandonner les champs de coton pour s’occuper des champs de maïs et de riz qui malheureusement ne sont pas encore organisés en filière. Si les choses doivent rester ainsi dans le temps, il y a donc de fortes chances que la Sodéco à qui est destinée la grande partie de la production nationale de Cotonou ferme ses portes  faute de matières premières. Le Chef de l’Etat en a conscience et c’est ce qui justifie sa descente dans les bassins cotonniers du Nord-Bénin. Au cours de son périple qui l’a conduit à Nikki, N’Dali, Banikoara, Bembèrèkè et autres, le message qu’il a essayé de passer aux producteurs est relatif à la réforme au niveau des organisations paysannes. Selon le contenu de ce message, il n’y aura désormais plus
d’intermédiaires entre les paysans et l’Association interprofessionnelle du Coton (Aic). Et pour appuyer ce que le Chef de l’Etat a dit, l’actuel Directeur général de la Sodéco qui officie en même temps en qualité de Conseiller technique du Chef de l’Etat a indiqué qu’on ira désormais à la création des coopératives de villages qui bénéficieront de l’expertise des agents et cadres de l’Association interprofessionnelle du Coton pour ce qui est des questions liées à leur gestion comptable et financière. Malheureusement, la crise que vit aujourd’hui le coton béninois va au-delà de ce niveau auquel le place le Directeur de la Sodéco. Il ne serait donc pas exagéré de dire que le Chef de l’Etat et ses collaborateurs n’ont pas tenu un langage de vérité aux producteurs de coton.

Economie de vérité

Dans sa volonté de mieux faire, le Chef de l’Etat a malheureusement jeté la pierre à la ruche. Qu’on le veuille ou non, son message aux  producteurs met en cause la gestion des organisations paysannes qui ont existé jusque-là. Mais on a senti qu’il a manqué de courage pour poser le vrai problème. Aujourd’hui la production cotonnière béninoise ne peut que stagner au niveau où il est actuellement puisque la filière est dans les mains de ses bourreaux d’hier. Le moins qu’on puisse dire est que la descente du Chef de l’Etat dans les bassins cotonniers du Nord Bénin traduit l’échec des politiques qu’il a initiées pour relancer la filière coton. Dès son accession au pouvoir, il a sillonné les bassins cotonniers de tout le Bénin. Il a injecté des milliards de F Cfa dans la filière. Ces milliards ont plutôt permis d’enrichir la mafia cotonnière. Résultat, on n’a jamais atteint la production de  500.000 tonnes de coton prophétisée par le prince du changement. Le clou de la décadence est la privatisation de l’outil industriel de la Sonapra. En dépouillant la Sonapra de son outil industriel et en créant la Sodéco, il était dit que l’Etat n’aura plus à mettre un rond dans le développement de la filière coton au Bénin. Mais deux ans après cette braderie, le constat est amer. Le gouvernement vient de mettre encore la main à la poche. 4 milliards de F Cfa des contribuables béninois seront encore injectés dans le secteur cotonnier. La question qu’on est bien obligé de se poser aujourd’hui est de savoir quel intérêt a le Dr Boni Yayi à s’occuper d’une société appartenant à un opérateur privé aux termes de la procédure de privatisation de la Sonapra  qui a conduit à la création de la Sodéco?  Quelle est cette philanthropie que développe le Président Boni Yayi alors qu’il y a 3,5 milliards de F Cfa prévus pour le développement du coton dans les 11 milliards de F Cfa qu’a coûté la privatisation de l’outil industriel de la Sonapra ?  Comme on peut donc le constater, l’histoire rattrape les auteurs de la privatisation de l’outil industriel de la Sonapra. Dans cette privatisation, l’Etat a tout perdu puisque ce sont les 4 milliards de F Cfa qu’il a encaissés sur un montant total de la transaction estimé  à 11 milliards de F Cfa qu’il devrait normalement empocher que la Chef de l’Etat a décidé de réinvestir maintenant dans la filière pour soutenir d’autres réformes au cœur desquelles se trouve encore l’Aic.  On s’attendait à voir Boni Yayi aux côtés de la Sonapra pour s’intéresser aux conditions dans lesquelles elle ramasse le riz et le maïs produits par les paysans. Mais hélas ! Sa préférence est allée à la Sodéco, parti visible de l’Iceberg cotonnier du Bénin dont un opérateur privé a le monopole depuis le bradage de l’outil industriel de la Sonapra au prix symbolique. Il n’y a pas mieux pour caricaturer l’échec de toutes les politiques initiées par le Chef de l’Etat dans le cadre de la relance de la filière coton.

Affissou Anonrin

Commentaires

1 Réponse à “Chute de la production du coton au Bénin : Boni Yayi au secours de la Sodéco(L’échec lamentable de la politique gouvernementale de relance de la filière coton)”

  1. WHAT SHOULD THE RESPONSE OF BENIN BE TO CLIMATE CHANGE? | Benin Politics le 15 mars, 2011 14:56

    […] the cotton production has been decreasing significantly. A journalist of a local newspaper, La Presse du Jour, in an article issued on April 02, 2010, wrote […]

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